9 novembre 2018

Emile Chartier dit Alain s’expose à l’Hôtel du Département

Emile Chartier dit Alain s’expose à l’Hôtel du Département

Le Conseil départemental de l’Orne accueille du lundi 8 novembre 2018 au dimanche 20 janvier 2019 une exposition dédiée au philosophe Emile Chartier dit Alain.

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L’occasion de revenir sur la vie et l’œuvre de cet enfant de Mortagne-au-Perche, célèbre dans les années 1920 pour sa pensée axée contre les idées reçues et le prêt à penser. Dans ces années folles, Alain s’est fait le chantre du libre arbitre en prise directe avec la réalité.

Christine Roimier, vice-présidente du Conseil départemental, représentant Christophe de Balorre, président, a inauguré jeudi l’exposition consacrée à Alain, philosophe ornais et plus précisément enfant de Mortagne-au-Perche, dont un lycée porte son nom à Alençon.

Émile-Auguste Chartier voit le jour le 3 mars 1868 à Mortagne-au-Perche, rue de la Comédie. Son père Étienne Chartier est vétérinaire. Ses grands-parents maternels Pierre-Léopold Chaline et Louise-Ernestine Bigot sont des commerçants renommés de Mortagne. De son enfance, il dira : « Elle fut que bêtise. J’imitais, je récitais, je jouais, je lisais, je me racontais des histoires interminables et qui ressemblaient pour le fond à mes deux livres d’enfant dont l’un était L’Histoire du chevalier Bayard, et l’autre un roman à souterrains, en une douzaine de volumes, qui avait pour titre Victor ou l’esprit de la forêt. J’ai encore aujourd’hui le pouvoir de me raconter des aventures où je suis toujours héros imperturbable et invincible. » Il étudiera à Mortagne : « Je passai au Collège de Mortagne tenu par des prêtres ; là j’appris par cœur six leçons par jour, telles qu’une page de Buffon, ou six versets de l’Evangile grec. Savoir par cœur, c’est savoir ; donc la méthode n’était pas mauvaise, et j’avais une mémoire miraculeuse, l’abbé Leveau remarqua bien que je savais toujours ma leçon le premier ; aussi il me prédit de grandes destinées. »

L’un des plus brillants élèves du lycée d’Alençon

Alain garde un bon souvenir de son passage au lycée d’Alençon : « Nous eûmes un bon maître en philosophie, et exigeant. Nous l’appelions le père Béquille à cause de sa canne. Il savait enseigner. Il méditait tout haut devant ses figures, et il exigeait la reproduction exacte de ses subtilités. C’est alors que je découvris que la difficulté de démontrer venait de la difficulté d’écrire. Là-dessus j’étais fort attentif et j’arrivai à le satisfaire assez pour avoir dix en composition et dix partout pour le reste. On n’avait jamais vu cela. »

Dans son discours du 17 novembre 1957, M. Chaufrein, proviseur du lycée d’Alençon, parlait d’Alain en ces termes : « Nous sommes réunis ici en ce mois de novembre, mois consacré à la mémoire des morts, pour rendre un hommage solennel à l’un des plus brillants élèves du lycée d’Alençon. Emile Chartier […] vint au Lycée d’Alençon en 1881, dans la classe de Quatrième. Il y passa cinq années scolaires. Dès la première année il obtient le deuxième prix d’excellence, les premiers prix de version latine, de version grecque, de mathématiques, montrant des dons exceptionnels. L’année suivante, il obtient le premier prix d’excellence, six premiers prix, dont ceux de latin et de grec, mais aussi ceux de mathématiques et de physique.[…]  En 1885, Emile  Chartier est admis au baccalauréat es lettres […] L’année suivante, M. le Préfet de l’Orne décerne à Emile Chartier un prix d’honneur, parce qu’il est celui des élèves qui s’est le plus distingué par ses succès dans les lettres et dans les sciences. »

On apprend également par son camarade Niverd: « que le seul prix qu’il n’obtint jamais fut le prix de tableau d’honneur donné aux élèves sages ; il était très chahuteur, mais quel excellent camarade. »

Un maître en philosophie

Au cours de sa préparation littéraire à Vanves, il rencontre le philosophe Jules Laigneau, qui sera son maître incontesté et qui le convaincra de poursuivre ses études de philosophie. Devenu professeur de philosophie, Emile Chartier est un enseignant moderne avant l’heure. Pacifiste, il tiendra des propos sur le bonheur qui ne laisseront pas insensible nombre de ses élèves. En 1914, le tocsin mobilise ses élèves ; il s’engage, à 46 ans. Des recueils perpétuent ses Propos : Propos sur le bonheur, Propos sur les pouvoirs, Propos sur la nature… D’autres ouvrages parmi lesquels : Mars ou la guerre jugée, Système des Beaux-Arts, Souvenirs de guerre, Les Dieux, Histoire de mes pensées, … constituent une œuvre imposante à découvrir.
Le point d’orgue de sa renommée se situe entre 1920 et 1930. Parmi les disciples de celui qui règne en maître sur la classe de philosophie de khâgne du lycée Henri IV de 1909 (date de sa nomination), jusqu’en 1933 (l’année de sa retraite), on peut citer Simone Weil, Maurice Schumann, Julien Gracq, André Maurois, Georges Canguilhem et bien d’autres. En avance sur son époque, il avait lancé l’Education populaire. Il donnait également des cours du soir aux femmes désireuses de suivre son enseignement philosophique.
Lorsqu’Alain meurt en 1951, ce sont eux qui viennent à la radio publique lui rendre hommage. Certains avaient participé quelques semaines plus tôt, sur les ondes de la radio publique, à cette étrange et révérencieuse visite au maître malade, dans sa chambre, dans le petit pavillon qu’il habitait au Vésinet.
En 1937, Alain subit une attaque dont il se remet difficilement et commence son journal en décembre. Diminué, il est en fauteuil roulant mais continue de travailler en poursuivant son fameux journal, dont certaines parties, concernant l’antisémitisme d’un intellectuel dans la fin de sa vie, seront vivement controversées. La publication du journal, qui n’a pas été relu par l’auteur avant publication, est-il important de noter, pose question sur l’antisémitisme d’Alain, qui lui-même s’est interrogé dans ses écrits sur son antisémitisme. Rappelons qu’Alain n’a jamais été inquiété à la Libération et qu’aucune trace d’antisémitisme n’a été relevée dans son œuvre.
La peinture et la musique ont également tenu une place importante dans la vie d’Alain : «  Parti pour Alençon, je tombai de musique en musique, car le proviseur était un nommé Bos qui ne pensait que musique, et musique chiffrée, ce qui est pire. Car cela s’apprend comme le catéchisme ; j’en ai gardé des souvenirs utiles. […] Quand je sus la musique chiffrée, il arriva que le proviseur fonda une musique du lycée, et obtint qu’elle serait la musique des pompiers, ce qui était une gloire, et procurait des sorties et des banquets. »
En 1951, Alain se voit attribuer le Grand prix national des Lettres le 10 mai quelques semaines avant son décès le 2 juin. Il est inhumé au cimetière du Père Lachaise à Paris.

Quelques unes de ses œuvres :
Spinoza (1900) ;Les Cent un Propos d'Alain (2e série) (1910) ; Propos d'un Normand (1912) ; Eléments de Philosophie (1916) ; Quatre-vingt-un chapitres sur l'esprit et les passions (1917) ;Mars ou la Guerre jugée (1921) ; Propos sur les pouvoirs (1925) ;Sentiments, passions et signes (1926) ; Le citoyen contre les pouvoirs (1926) ; Les idées et les âges (1927) ; Propos sur le bonheur (1925, édition augmentée en 1928) ; Journal inédit; Éditions des Équateurs, 2018 (posthume)

Pratique :

Exposition Alain à l’Hôtel du Département, 27 Boulevard de Strasbourg à Alençon.
Du lundi au vendredi de 9 à 18 heures ; les dimanches de 14 h 30 à 18 heures (fermée les jours fériés).
Entrée libre.

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