28 mars 2018

Eugène Pasquis, photographe de la Normandie - Aux Archives départementales

Les Archives départementales, service du Département de l’Orne, mettent à l’honneur un photographe ornais dont les cartes postales ont été diffusées à des millions d’exemplaires au début du XXe siècle. Eugène Pasquis, photographe à L’Aigle de 1894 à 1935, a laissé un important fonds de photographies et des milliers de cartes postales concernant principalement l’Orne, l’Eure et le Calvados, qui ont fortement contribué à forger l’identité visuelle de la région. Les Archives départementales et l’association Culture et patrimoine en pays d’Ouche, qui le conservent, mènent depuis plusieurs années un important travail de numérisation, d’inventaire et de valorisation de ce fonds, d’un très grand intérêt pour l’histoire de la région et très représentatif de l’épopée de la carte postale.

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L’exposition qui est présentée dans le hall des Archives départementales retrace l’histoire d’Eugène Pasquis et de sa production, à travers une sélection de clichés originaux sur plaque de verre, de tirages photographiques, de matériel de prise de vue et de fabrication de cartes.

Une frise d’un millier de cartes postales, représentant un 5e de sa production qui s’étale sur 30 ans et 4 départements, est exposée sur les vitres du hall. Plusieurs dizaines de photos 3D réalisées par Eugène Pasquis au début du XXe siècle sont également à découvrir sur écran.

En présence de nombreuses personnalités, Christophe de Balorre, président du Conseil départemental, a inauguré mercredi cette exposition.

Le fonds Pasquis, un patrimoine iconographique exceptionnel pour la Normandie

Joseph Eugène Pasquis naît à Vierzon en 1859. En 1883, après son service militaire, il reprend un commerce d’horlogerie-bijouterie à L’Aigle, 2 place des Halles. La photographie remplace progressivement son activité d’origine : dès 1887, il propose des appareils photographiques à la vente ; en 1890, il dispose déjà d’un atelier photographique au-dessus de son commerce. En 1893-1894, après la liquidation de son commerce, il se déclare officiellement photographe et développe cette nouvelle activité de prise de vue, tirage, encadrement.

Eugène Pasquis et sa voiture  Photographie, début du XXe siècle  (Arch. dép. Orn

Il réalise donc des photographies à la demande : portraits individuels et de groupe, principalement en studio, mais aussi en extérieur, ou encore photographies utiles à la promotion des activités des industriels, artisans et commerçants des environs. Cette activité se maintient jusqu’à la fin des années 1920.

Mais Eugène Pasquis est surtout connu pour son activité d’éditeur de cartes postales. Dès 1903 au plus tard, Eugène Pasquis se lance dans l’édition de cartes postales, support de correspondance et de diffusion de l’image qui connaît alors un développement considérable. En 30 ans d’activité, Eugène Pasquis édite plus de 6 600 modèles différents de cartes postales, principalement sur l’Orne, l’Eure, le Calvados et l’Eure-et-Loir. Il vend aussi des clichés à des éditeurs locaux, principalement des commerçants qui proposent des cartes sur leur commune et ses environs, mais cette activité reste marginale.

Le fonds Eugène Pasquis constitue l’un des plus riches fonds de photographies sur la Normandie au début du XXe siècle, par la qualité technique des clichés, la diversité des sujets et par ce qu’il révèle de l’activité de l’un des plus grands éditeurs de cartes postales de l’Ouest de la France.

Ce fonds est actuellement conservé pour partie aux Archives départementales, pour partie par l’association Culture et patrimoine en pays d’Ouche, à L’Aigle. Il compte plus de 5 700 phototypes, dont environ 3 800 clichés originaux négatifs sur plaque de verre, plus de 1 500 internégatifs, 1 500 cartes postales, 8 albums de cartes postales, du matériel de prise de vue et de fabrication de cartes postales.

Ce fonds ne représente qu’une petite partie des photographies produites. On estime sa production à au moins 35 000 clichés, mais ce chiffre est une estimation basse, l’estimation haute se situant à 100 000 photographies.

Le château de Cisai-Saint-Aubin / Début du XXe s. / Négatif sur plaque de verre  L’abbaye de La Grande Trappe à Soligny-la-Trappe, moines au travail dans la meun

L’ensemble des photographies et documents conservés a fait l’objet d’une  patrimoine en Pays d’Ouche. Celle-ci met régulièrement en valeur le fonds Pasquis, à travers des expositions et les publications de Jean-Luc Lebreton.

Pasquis, la carte postale et l’image de la Normandie

Dans une société rurale en plein mutation, frappée par l’exode, soumise à une mobilité accélérée, la carte postale connaît dès les premières années du XXe siècle un succès considérable.

Si Eugène Pasquis n’est pas un pionnier, c’est assurément le plus actif des éditeurs de l’Orne et l’un des plus productifs, en nombre d’éditions, à l’échelle nationale. On peut raisonnablement estimer qu’il a mis en circulation plusieurs millions de cartes postales. Sa production s’étend sur plus de 200 communes, principalement dans l’Orne, l’Eure, le Calvados et l’Eure-et-Loir. De 1903 à la fin des années 1920, il édite à son propre compte au moins 6 650 modèles de cartes à partir de ses propres photographies.

Comme les autres grands éditeurs, Eugène Pasquis couvre des thèmes très larges : les sites naturels, les monuments prestigieux, les églises, les rues et les édifices des villes et villages, les manoirs, les fermes, les curiosités et figures locales, les fêtes et manifestations. Ses clichés offrent par ailleurs une documentation très riche sur les scènes de la vie rurale et, surtout, sur l’industrie en pays d’Ouche. Photographe du cadre de vie et de la ruralité, Pasquis est aussi photographe du travail : ses clichés témoignent d’un fort intérêt pour les techniques, les lieux de travail et les gestes des ouvriers.

Le château d’O à Mortrée / Début du XXe s. / Négatif sur plaque de verre / Arch. Scène de traite / Début du XXe s. / Négatif sur plaque de verre / Collection Cul

Pasquis contribue ainsi activement à fixer l’identité visuelle de la province normande, et de l’Orne en particulier, à travers ses scènes champêtres, ses prés plantés de pommiers, ses usines textiles ou métallurgiques, ses maisons en brique ou à pans de bois et toiture en chaume, ses foires et marchés, ses dévotions particulières.

De la fabrication à la commercialisation

Eugène Pasquis est à la fois l’auteur des clichés, l’artisan d’une grande partie des étapes de fabrication, le financeur de l’ensemble du processus et le diffuseur.

Eugène Pasquis détermine ses sujets, sans doute à l’avance et sur le terrain, en tenant compte probablement de l’offre existante et des lieux de diffusion possibles. La prise de vue nécessite une certaine logistique : il faut transporter la chambre photographique et son pied, les plaques et leurs cadres, rechercher le meilleur point de vue.

Dans son atelier, le photographe sélectionne ensuite les clichés qui vont être édités. Le négatif sur plaque de verre est alors reproduit en réduction sur un film souple. Ce négatif peut faire l’objet de retouches manuelles, à la gouache, pour gommer des détails ou en renforcer d’autres, et d’un recadrage, destiné à isoler la zone à reproduire.

Atelier du photographe et ouvriers prenant la pose  Autochrome  (Collection Cult

Certains clichés de Pasquis, édités par Thébaud, du Merlerault, sont imprimés chez A.B et Cie à Nancy, l’une des grandes maisons d’édition de cartes postales. Mais d’autres portent la mention Imprimerie phototypie E. Pasquis, ou simplement Phototypie E. Pasquis, ce qui laisse entendre que Pasquis a fabriqué lui-même une partie de ses cartes postales.

Eugène Pasquis doit assurer la commercialisation des cartes qu’il édite. Il se déplace donc à la rencontre de nouveaux points de vente, ou pour assurer le réassort. Ouvert aux techniques commerciales, il envoie des cartes de visite annonçant son prochain passage, présente son catalogue organisé en albums ; il fait également paraître des annonces dans la presse locale.

Catalogue des cartes postales Pasquis, sélection Moyen Age  (Collection Culture  extraits d

Eugène Pasquis portraitiste

Au moins 10 ans avant de consacrer une part importante de son activité à la carte postale, Eugène Pasquis pratique déjà la photographie « de ville », réalisant principalement à la commande des portraits individuels et de groupe. Il maintient cette activité jusqu’à la fin des années 1920. Sa production de portraits est estimée à 30 000 clichés au minimum.

Le portrait se pratique principalement en studio, dans l’atelier du photographe. Une partie de l’équipement est visible sur les clichés : une fausse balustrade, des toiles de fond peintes, l’indispensable peau de bête, etc. Le jardin ou la façade de la maison servent parfois de fond aux portraits de groupe. Pour d’autres commandes, Pasquis est obligé de se déplacer : photographies de mariages, de fanfares, de processions, de fêtes communales.

Noce Véron-Lafosse, 1897 / Négatif sur plaque de verre / (Arch. dép. Orne, 22 Fi Sées, cour du collège, portrait de classe, début du XXe s. / Négatif sur plaque

L’activité de portraitiste de Pasquis ne présente pas de grande originalité par rapport à la production habituelle. Il voit passer devant son objectif des personnes de tous âges et de toutes conditions sociales, même si la bourgeoisie est la plus représentée : portraits de nourrissons, d’enfants, de jeunes gens, de couples, de mère avec son fils en tenue de militaire, de juges, de clercs, de religieuses, de groupes de cheminots, de chasseurs, des classes, des confréries, etc.

Portrait de Mme Pasquis / Négatif sur plaque de verre / (Arch. dép. Orne, collec Portrait de jeune enfant / Tirage sur papier albuminé contrecollé sur carton / ( Portrait de militaire / Négatif sur plaque de verre / (Arch. dép. Orne, 22 Fi 45

Informations pratiques

Dates d’ouverture : 27 mars au 25 juin 2018

Horaires d’ouverture : le lundi et du mercredi au vendredi, de 8h30 à 17h30. Le dimanche, de 14h30 à 18h.

Conditions d’accès : entrée libre

Visites guidées de l'exposition sur réservation : 

mardi 17 avril à 18 h

Samedi 26 mai à 10 h

Pour le public scolaire, visites de classes et ateliers sur rendez-vous.

Archives départementales de l’Orne, 8 avenue de Basingstocke à Alençon

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