18 décembre 2015

Exposition aux Archives départementales de l’Orne : « Redécouverts » : la vie des camps en dessins

Les Archives départementales de l’Orne proposent une exposition de dessins historiques, par les témoignages intenses et inestimables qu’ils recèlent de la vie dans les camps de Holzen (Allemagne) et de Damigny (Orne).

Soyez le 1er à réagir Thème :

Christine Roimier, vice-présidente du Conseil Départemental de l’Orne, représentant Alain Lambert, président du Conseil départemental de l’Orne, a procédé au vernissage en présence de représentants des associations du souvenir et des anciens combattants, de membres de la famille de Camille Delétang et de familles d’anciens déportés.

L’exposition « Redécouverts » comporte deux volets :

• La présentation des croquis de Camille Delétang réalisés dans le camp de Holzen. Ils forment une exposition prêtée par le Fondation des mémoriaux de Mittelbau-Dora et labellisée par le Comité du 70e anniversaire de la Bataille de Normandie. L’exposition se compose également de documents issus de divers fonds d’archives présentant le parcours de Camille Delétang.

• Une exposition signée par les Archives départementales avec le concours de l’Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre. Elle est une plongée dans le quotidien du camp de Damigny au gré de dessins et de caricatures émanant d’artistes qui y ont été internés (Bil Spira, Adolf Hoffmeister, Antonin Pelc...)

Archives départementales de l’Orne
8 avenue de Basingstoke –Alençon -61000
Du lundi au vendredi de 8h30 à 17h30
Gratuit
Tel : 02 33 81 83 00
Plus d’infos sur : www.archives.orne.fr

Les croquis de Camille Delétang redécouverts en 2012

 

Les croquis de Camille Delétang, prisonnier dans le camp de Holzen durant la seconde guerre mondiale semblaient perdus à jamais. Ils surgissent pourtant du passé en 2012 lorsque Richard Pfeiffer-Blanke contacte le Mémorial Mittelbau-Dora. L’ancien conseiller artistique du Residenz theater à Celle (Allemagne) raconte, alors, que sa belle-mère a retrouvé, en 1945, dans son jardin ouvrier, des documents concernant le camp de concentration annexe de Holzen. Un trésor conservé depuis dans son grenier. Ce sont des originaux, délicatement pliés et rassemblés dans un carnet à dessins que Richard Pfieffer Blanke va confier au Mémorial. Lequel décide de partager cette surprenante découverte.

Deux raisons majeures ont guidé le choix du Mémorial de Mittelbau-Dora de partager ces éclats de mémoire. D’une part, ces documents évoquent avec une incroyable précision le camp de Holzen, connu, la plupart du temps, des seuls survivants. D’autre part, l’histoire-même de ces pièces, de leur conception jusqu’à leur disparition constitue un témoignage aussi bouleversant que poignant des évènements dramatiques qui se sont joués au moment de l’évacuation des camps.

La part la plus importante des documents trouvés à Celle comporte 150 dessins, parmi lesquels figurent 130 portraits de prisonniers aussi remarquables qu’émouvants réalisés par Camille Delétang de septembre 1944 à mars 1945. Il était alors prisonnier au commando Hecht, une annexe du camp de Buchenwald, à proximité du camp de Holzen.

Dans de nombreux cas, il s’agit de l’ultime trace de vie des hommes représentés. En effet, plus de la moitié des prisonniers captés par Camille Delétang n’ont pas survécu à leur déportation.

Si l’on prend en compte les 40 portraits, essentiellement de prisonniers polonais, confiés à son co-détenu Kazimierz Tyminski au cours de leur détention à Holzen, Camille Delétang nous laisse un magnifique héritage.

L’exposition « Redécouverts » s’appuie aussi sur un fonds documentaire complet. La présentation de documents originaux illustrant le destin de Camille Delétang a été possible grâce à la générosité de sa famille qui a déposé l’essentiel de ses archives aux Archives départementales de la Sarthe. Une collection en partie mise à disposition des Archives départementales de l’Orne qui l’ont complétée par des documents ornais, illustrant la jeunesse de Camille Delétang, passée entre Saint-Pierre-du-Regard et Argentan.

Camille Delétang, le courage en actions

Le Colonel Camille Delétang (1886-1969) est né à Saint-Pierre-du-Regard, dans l’Orne. Il a été arrêté au Mans et déporté au camp de concentration de Holzen. Au total, 200 portraits ont été réalisés dans l’enfer concentrationnaire par ce héros de la première guerre mondiale, élevé au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur en 1920.

Installé au Mans, marié et père de deux enfants, il n’hésite pas à rallier les rangs de la Résistance dès décembre 1940. Il cumule alors de nombreuses responsabilités sur le territoire sarthois. Démasqué et arrêté, le résistant est incarcéré à la prison des Archives, au Mans le 22 février 1944, puis transféré le 7 août, à la veille de la Libération du Mans, vers le sinistre camp de Buchenwald puis au Kommando de Holzen.

Dans la précipitation de la débâcle devant l’avancée des alliées, ses geôliers l’entraîne le 5 avril dans la funeste « marche de la mort » qui va le conduire jusqu’aux portes du camp de Belgen-Belsen. Il est libéré par les troupes britanniques le 15 avril 1945. Camille Delétang rentre au Mans le 31 mai suivant. Mais sans ses précieux dessins, disparus lors de cette terrible épreuve. Camille Delétang est décédé le 23 décembre 1969, à l’âge de 83 ans, à son domicile du Mans. Avant l’inhumation dans l’intimité familiale à Tinchebray dans l’Orne, une cérémonie militaire imposante a été célébrée place des Jacobins, devant le théâtre municipal. Il est le seul Manceau, avec le cardinal Grente, à avoir été honoré solennellement au Mans lors de ses obsèques.

Damigny : regard sur un camp ornais

Au début de l’année 1939, dans le climat de guerre imminente, la France complète sa loi sur l’organisation de la Nation en temps de guerre en redéfinissant notamment la place des étrangers qui résident sur son sol. Dès octobre 1939, trois camps fonctionnent dans l’Orne. Le camp de Domfront a une capacité de 400 internés, Athis peut accueillir 375 personnes, et l’Épinay à Argentan 100 personnes. Ces camps sont fermés à la fin de l’année 1939. Le camp de Damigny est construit de toutes pièces en novembre 1939 sur un terrain de 3 hectares, réquisitionné sur les biens de la famille Fournier, propriétaire de la ferme de la Hantelle, le long de la route reliant Damigny à Colombiers.

Le 1er mars 1940 sont recensés 229 Allemands, 110 Autrichiens, 10 apatrides. Parmi ces internés non prestataires se trouve une majorité d’intellectuels et d’artistes : plusieurs journalistes connus (Kurst Kersten, Herman Budzislawski), plusieurs musiciens importants (Rubin, élève de Darius Milhaud), plusieurs peintres ou dessinateurs (Wilheim Freier, Adolf Hoffmeister, Antonin Pelc, Bil Spira).

Les conditions de vie semblent acceptables, par rapport à d’autres camps, hormis la boue omniprésente. Les compétences des internés sont utilisées pour améliorer les installations, les humaniser. Les artistes s’efforcent de tuer l’ennui en pratiquant leur art et divertissent leurs codétenus, lorsqu’ils ne sont pas, comme tous les hommes de moins de 60 ans, obligés de travailler dans la carrière voisine.

Le 16 juin, suivant la débâcle, ces prisonniers sont conduits à Libourne en Gironde. Beaucoup d’internés sont libérés par les Allemands, lors de l’avance éclair. Une clause de l’Armistice faisait obligation aux Français de livrer, parmi les ressortissants internés dans les camps, ceux que les Allemands réclameraient comme ennemis du Reich. Parmi les réfugiés politiques allemands ou autrichiens, majoritaires à Damigny, connus pour leur antinazisme, certains sont dirigés vers les camps de Bassens ou Libourne, puis vers l’extermination. D’autres réussissent à fuir au Maroc et partir ensuite pour les États-Unis.

Share Button