Témoin de la révolution industrielle du XIXe siècle, le Pont Eiffel, à Semallé, voit s’achever une restauration de qualité. Avec une aide conséquente de l’État, le Conseil départemental de l’Orne aura réussi à sauver un ouvrage patrimonial d’exception.
Témoin de la révolution industrielle du XIXe siècle, le Pont Eiffel, à Semallé, voit s’achever une restauration de qualité. Avec une aide conséquente de l’État, le Conseil départemental de l’Orne aura réussi à sauver un ouvrage patrimonial d’exception.
Actualité - 31/07/2026
Œuvre atypique d’un brillant élève du célèbre Gustave, le Pont Eiffel marque de son empreinte la Départementale RD 503, au lieudit La Pouprière, à Semallé. Le Conseil départemental a fait le choix de sa réhabilitation complète, qui touche à sa fin. L’opération visait à sécuriser les lieux, tout en pérennisant un ouvrage appartenant au patrimoine historique et industriel ornais.
Construit en 1873
Le Pont Eiffel a été construit à la création de la ligne de chemin de fer reliant Alençon à Condé-sur-Sarthe, abandonnée un siècle plus tard. Une famille locale, celle de Jules-César Houel, ingénieur civil, à l’origine de la ferme industrielle du Domaine d’Avoise, s’est particulièrement impliquée dans la réalisation de l’ouvrage. Rapidement, l’idée de solliciter les élèves de Gustave Eiffel a fait son chemin, jusqu’à ce qu’un décret impérial autorise la construction.
Mis en service le 6 mai 1873, ce pont reste le témoin symbolique d’une révolution industrielle qui a marqué le pays, jusque dans la campagne ornaise. Sa structure n’en finit pas de surprendre, les usagers de la route qui débouche sur la Nationale 12, désormais, mais aussi les promeneurs.
Résultat « exceptionnel »
Un siècle et demi plus tard, le pont n’enjambe plus la voie ferrée mais la voie… verte, qui relie Paris au Mont-St-Michel, La Véloscénie. Et la route est devenue départementale. D’où la mobilisation du Département pour « sauver le Pont Eiffel ! ». Il s’agit d’une construction d’un type très particulier, réalisée en fer puddlé riveté. Son tablier est constitué de voutains en briques, fixés à des entretoises métalliques qui sont reliées à des poutres latérales, lesquelles reposent sur des piliers maçonnés.
En déplacement sur le chantier, le président du Conseil départemental, Christophe de Balorre se réjouit de son aboutissement annoncé pour les prochaines semaines : « Il n’était pas question d’abandonner ce patrimoine ornais d’exception. Sa sauvegarde et sa mise en valeur nous tenaient à cœur, depuis longtemps. Souvenir d’une époque, il demeurera le lien entre le passé, symbolique à plus d’un titre, et le présent, qui se conjugue désormais avec les randonneurs et touristes, nombreux à emprunter la voie verte surplombée par le Pont Eiffel. Ce qui a été réalisé ici est exceptionnel !»
Des enjeux de sécurité
Débutée en mars dernier, la réhabilitation est conduite par la Spie batignolles travaux publics, d’Oudalle (Seine-Maritime). L’objectif était clair : « Conserver la signature de l’ouvrage, grandement menacé par une corrosion avancée, tout en le faisant entrer dans le XXIe siècle. Les enjeux de sécurité, tant pour les usagers de la route que pour ceux de la voie verte, ont naturellement pesé. »
L’ouvrage cadre, de 18 mètres, assure la parfaite tenue de la construction, dont la structure en béton est désormais adaptée aux poids des engins actuels ; autrefois limitée aux seuls véhicules de moins de 12 tonnes, la circulation y sera possible sans limitation de tonnage, sur un passage élargi à 2,60 m. Au droit du pont, un escalier avec une rampe pour les vélos assure un accès direct et sécurisé à la voie verte. L’opération affiche des chiffres éloquents : 50 tonnes d’ouvrage béton mises en œuvre et 50 tonnes d’ouvrage métallique restaurées !
Mise en service prochaine
Le chantier a été marqué par la dépose des deux grandes poutres (de 10 tonnes chacune) et du tablier métalliques “historiques”, pour une restauration sous confinement, avec sablage, décapage des peintures contenant du plomb, application d’une protection anti-corrosion et remise en peinture. Temps fort également, le grutage de l’ensemble des éléments conservés, dont les membrures supérieures et inférieures, les suspentes et lanières, finalement reposés sur un tablier neuf.
D’autres étapes se sont succédé : dépose des couches de chaussée, dépose-repose des piliers d’extrémité, dépose des culées existantes, réalisation de nouvelles culées fondées sur pieux, pose de poutres préfabriquées, coulage du hourdis, mise en place de protections des piliers et des équipements, réalisation de la voirie, avec deux trottoirs réglementaires, auparavant inexistants, et sécurisation du cheminement des usagers de la voie verte.
Alors que les aménagements paysagers sont prévus à l’arrière-saison, la circulation sur la voie verte est depuis peu rétablie. Et la levée de la déviation sur la RD 503 est envisagée pour septembre.
Les travaux, pour un coût de 1 150 000 €, sont financés par le Conseil départemental (40%), avec l’aide significative de l’État (60%).